
Beaucoup de salariés passent aujourd’hui plusieurs heures par jour devant un écran. Emails, tableurs, visioconférences : les yeux passent sans cesse de l’écran au clavier, puis aux documents papier. Cet effort finit en effet par fatiguer, notamment lorsque la correction habituelle ne convient pas à cette distance de travail.
Une paire de lunettes conçue pour l’écran cible justement cette zone intermédiaire. Elle peut améliorer le confort visuel et éviter une posture inadaptée. Toutefois, tout le monde n’en a pas besoin. En France, la prise en charge de ces lunettes obéit en outre à des règles précises lorsque l’employeur est concerné.
Qu’est-ce qu’une paire de lunettes pour écran ?
Une paire de lunettes pour écran corrige la vision de près et intermédiaire. Elle vise en effet avant tout à rendre l’écran, le clavier et les documents de travail confortablement visibles. Contrairement à une paire de lunettes de lecture, elle couvre un champ de vision plus large à distance intermédiaire. Elle correspond à la distance habituelle entre les yeux et un écran d’ordinateur. Notons que « lunettes pour écran » reste une expression courante, non une catégorie juridique ou médicale à part entière.
Une paire de lunettes progressives classique ne convient pas toujours non plus à un usage prolongé devant un écran. La zone qui permet de voir l’écran confortablement dépend alors du verre et de la distance de travail. Certaines personnes penchent alors la tête en arrière ou tendent le cou pour retrouver une image nette. Ces verres visent à offrir une zone de vision correspondant à la distance de travail devant l’écran. Cela peut faciliter une posture plus confortable.
Quand ce type de lunettes devient-il utile ?
Une gêne visuelle ne signifie pas systématiquement qu’il faut une paire de lunettes spécifique. En effet, l’ergonomie du poste, l’éclairage ou un manque de pauses jouent souvent un rôle tout aussi important.
Une paire de lunettes pour écran peut néanmoins s’avérer utile dans plusieurs situations :
- vous travaillez plusieurs heures par jour devant un écran
- votre paire de lunettes habituelle ne convient plus à l’ordinateur
- des maux de tête ou des tensions dans la nuque apparaissent régulièrement après le travail
- vos yeux fatiguent vite ou picotent
- vous alternez souvent entre l’écran, des documents et des interlocuteurs
- vous portez déjà des verres progressifs, mais la gêne persiste
Ces difficultés se multiplient notamment à partir de la quarantaine. La capacité de l’œil à passer d’une distance à l’autre diminue en effet progressivement avec l’âge.
Les signes d’une fatigue visuelle liée à l’écran
Un usage prolongé de l’écran sollicite à la fois les yeux et la posture. Lorsque ces signes reviennent souvent, mieux vaut vérifier sa correction et l’ergonomie du poste. Parmi les symptômes les plus fréquents :
- des yeux secs ou irrités
- une vision floue en fin de journée
- une fatigue oculaire persistante
- des maux de tête
- des douleurs au cou ou aux épaules
- une diminution de la fréquence de clignement, propice à la sécheresse oculaire
- une difficulté à refaire le point après un long moment d’écran
Avant d’envisager une nouvelle paire de lunettes, mieux vaut aussi vérifier l’ergonomie du poste. Cela concerne notamment la distance à l’écran, sa hauteur, l’éclairage de la pièce et la fréquence des pauses.
Un examen de la vue reste le bon réflexe
Lorsque la gêne persiste malgré un poste bien aménagé, un examen de la vue à jour s’impose. Il permet en effet de vérifier si la correction a évolué, et laquelle convient le mieux au travail sur écran.
En France, la prescription de lunettes relève le plus souvent de l’ophtalmologiste. Un médecin généraliste peut toutefois l’établir, dès lors qu’il s’estime en mesure de le faire. Pour les personnes de 16 à 42 ans sans contre-indication, un orthoptiste peut aussi intervenir. Il réalise alors un bilan visuel et peut établir une première prescription. Par ailleurs, l’opticien peut adapter ou renouveler une correction existante, dans les conditions prévues par l’ordonnance.
Deux durées sont à distinguer. L’ordonnance reste valable cinq ans entre 16 et 42 ans, et trois ans au-delà, sauf mention contraire. La fréquence de renouvellement remboursable par l’Assurance Maladie suit en revanche sa propre règle. L’Assurance Maladie fixe cette fréquence à deux ans à partir de 16 ans. Un renouvellement anticipé reste possible, notamment en cas de dégradation des performances oculaires de l’équipement.
Certains symptômes doivent alerter davantage : une baisse de vision soudaine, des douleurs oculaires ou des maux de tête inhabituels. Une consultation médicale s’impose alors sans attendre.
Qui doit payer ces lunettes ? Ce que prévoit le Code du travail
Une paire de lunettes de vue relevant du parcours de soins habituel n’est pas automatiquement à la charge de l’employeur. Une paire spécifiquement nécessaire au travail sur écran relève en revanche d’une autre règle. Sous certaines conditions, l’employeur doit alors fournir le dispositif de correction spécial nécessaire, sans charge financière supplémentaire pour le salarié. En effet, le Code du travail encadre précisément cette situation.
Le Code du travail s’applique aux travailleurs qui utilisent un écran de visualisation. Cette utilisation doit être habituelle, et occuper une partie non négligeable de leur temps de travail (article R4542-1). Ainsi, ces travailleurs bénéficient d’abord d’un examen approprié des yeux et de la vue. Cet examen a par ailleurs lieu dans le cadre de la visite d’information et de prévention. Si ce premier examen le justifie, le médecin du travail prescrit ensuite un examen ophtalmologique complémentaire (article R4542-17). L’employeur doit aussi faire examiner par le médecin du travail tout travailleur qui se plaint de troubles. Ce mécanisme vise les troubles pouvant être dus au travail sur écran. Cette règle figure à l’article R4542-18.
Certains résultats de cette surveillance médicale montrent qu’une correction devient nécessaire. L’article R4542-19 impose alors à l’employeur de fournir un dispositif de correction spécial. Cette obligation s’applique si les dispositifs habituels ne suffisent pas au poste concerné. Ce dispositif ne doit entraîner, en effet, aucune charge financière supplémentaire pour le salarié.
La Cour de justice de l’Union européenne a précisé cette règle dans un arrêt du 22 décembre 2022 (affaire C-392/21). Selon la Cour, les dispositifs de correction spéciaux englobent bel et bien des lunettes de vue. Le salarié peut d’ailleurs aussi les porter en dehors du travail. L’employeur peut remplir son obligation de deux façons : fournir directement l’équipement, ou rembourser les dépenses réellement engagées par le salarié. Une prime générale versée à l’ensemble des salariés ne suffit en revanche pas à couvrir cette obligation.
Cette prise en charge ne joue toutefois que dans un cas précis. La correction doit en effet concerner le poste sur écran. Elle doit aussi découler de la surveillance médicale prévue par le Code du travail. Une paire de lunettes de vue relevant du parcours de soins habituel n’est pas automatiquement à la charge de l’employeur. C’est notamment le cas lorsque rien ne démontre de lien avec le poste de travail.
Et en dehors du cadre professionnel ?
Pour une paire de lunettes de vue classique, non liée à une obligation de l’employeur, le régime habituel s’applique. La classe A du dispositif 100 % Santé porte sur une sélection de montures et de verres. Elle donne accès à un équipement sans reste à charge, Sécurité sociale et complémentaire santé combinées. La classe B, elle, laisse davantage de liberté sur les prix. Le reste à charge dépend en effet du contrat de mutuelle.
Mieux vaut donc distinguer deux situations bien différentes. D’un côté, la paire de lunettes strictement liée à un usage professionnel sur écran, pour laquelle le salarié peut solliciter l’employeur. De l’autre, la paire de lunettes de vue courante, qui relève du parcours de soins classique.
Avant de choisir, comparez les offres
Toutes les paires de lunettes pour écran ne se valent pas. Les verres, les traitements anti-reflets ou anti-lumière bleue, ainsi que les services proposés varient sensiblement d’un opticien à l’autre. Mieux vaut donc demander précisément quelle solution convient à votre poste de travail, et ce que couvre le prix annoncé.
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