Retard de vol : vos droits et comment obtenir une indemnisation

Un homme attend son vol en retard dans un aéroport
© Jan van der Wolf – Pexels

Un vol qui décolle en retard peut gâcher un voyage entier. Pourtant, peu de passagers savent qu’un règlement européen encadre précisément cette situation. Il fixe des seuils, des montants et des obligations pour les compagnies aériennes. Ce guide explique donc, étape par étape, comment faire valoir vos droits en cas de retard.

Le règlement (CE) n° 261/2004, le socle des droits des passagers

Le règlement (CE) n° 261/2004 encadre l’indemnisation et l’assistance des passagers aériens. Adopté le 11 février 2004, il couvre trois situations : le refus d’embarquement, l’annulation d’un vol et le retard important. Entré en vigueur le 17 février 2005, ce texte reste la référence en la matière. En France, la direction générale de l’Aviation civile (DGAC) veille à sa bonne application.

Ce règlement ne s’applique cependant pas à tous les vols. Deux situations ouvrent droit à sa protection. D’une part, tout vol au départ d’un aéroport de l’Union européenne, de la Norvège, de l’Islande ou de la Suisse. Peu importe alors la nationalité de la compagnie. D’autre part, un vol à destination de ces mêmes territoires, à condition qu’une compagnie européenne l’exploite. Un vol Bangkok-Paris opéré par une compagnie asiatique reste ainsi hors du champ d’application du texte. Le même vol opéré par Air France, en revanche, y reste soumis.

Retard de vol : à partir de quand vos droits s’ouvrent

Deux types de droits distincts existent en cas de retard. Ils ne se déclenchent d’ailleurs pas au même moment.

L’assistance se déclenche dès le retard au décollage, selon un seuil qui varie avec la distance du vol :

  • deux heures ou plus pour les vols de 1 500 km ou moins ;
  • trois heures ou plus pour les vols intracommunautaires de plus de 1 500 km, ainsi que pour tous les vols de 1 500 à 3 500 km hors Union européenne ;
  • quatre heures ou plus pour les vols de plus de 3 500 km hors Union européenne.

L’indemnisation, elle, dépend uniquement du retard constaté à l’arrivée à destination finale, et non de l’heure de décollage. En effet, le seuil minimal s’élève à trois heures, quelle que soit la distance parcourue. En cas de correspondance faisant l’objet d’une réservation unique, c’est le retard à la destination finale qui compte.

Le montant de l’indemnisation selon la distance

Le montant de l’indemnisation dépend de la distance du vol. Cette distance se calcule selon la méthode de la route orthodromique, c’est-à-dire à vol d’oiseau entre le point de départ et la destination finale, et non selon le trajet réellement parcouru par l’avion. Il varie ainsi comme suit :

  • 250 € pour les vols de 1 500 km ou moins, en cas de retard d’au moins trois heures ;
  • 400 € pour les vols intracommunautaires de plus de 1 500 km, ainsi que pour les vols de 1 500 à 3 500 km hors Union européenne, en cas de retard d’au moins trois heures ;
  • 300 € pour les vols de plus de 3 500 km hors Union européenne, en cas de retard d’au moins trois heures et de moins de quatre heures ;
  • 600 € pour les vols de plus de 3 500 km hors Union européenne, en cas de retard d’au moins quatre heures.

Cette indemnité reste due quel que soit le prix du billet initialement payé. Un billet acheté 40 € ouvre donc droit à la même somme qu’un billet à 400 €. Seules comptent, en effet, la distance et la durée du retard.

Ce que la compagnie doit fournir pendant l’attente

Dès que le seuil d’assistance est atteint, la compagnie doit prendre en charge les passagers gratuitement. Cette prise en charge comprend des rafraîchissements et une restauration adaptée à la durée d’attente. Elle inclut aussi deux moyens de communication, comme un appel téléphonique ou un courriel. Lorsque le nouveau départ n’a lieu que le lendemain, elle s’étend également à une nuit d’hôtel. Les transferts entre l’aéroport et le lieu d’hébergement sont alors compris.

Si la compagnie ne propose pas cette assistance, ou seulement en partie, le passager peut en demander le remboursement. Il doit alors présenter des justificatifs de ses dépenses.

Remboursement du billet en cas de retard de cinq heures ou plus

Un passager confronté à un retard annoncé de cinq heures ou plus au décollage peut renoncer à son voyage. Dans ce cas, il peut demander, sous sept jours, le remboursement des parties du voyage non effectuées. Si le voyage n’a plus de raison d’être au regard de son projet initial, les parties déjà effectuées peuvent elles aussi être remboursées. Lorsqu’il s’agit d’un vol de correspondance, la compagnie doit également, le cas échéant, proposer un vol retour vers le point de départ initial. Ce droit ne s’applique en revanche pas à un passager qui choisit malgré tout d’embarquer sur le vol retardé.

Les « circonstances extraordinaires » : quand l’indemnisation n’est pas due

La compagnie aérienne échappe à son obligation d’indemnisation lorsqu’elle prouve que le retard résulte de circonstances extraordinaires. La jurisprudence européenne pose ainsi deux conditions cumulatives : un événement étranger à l’activité normale du transporteur, et qui échappe en outre à son contrôle effectif. Les conditions météorologiques dangereuses relèvent en général de cette catégorie, tout comme une grève extérieure à la compagnie ou un risque de sécurité avéré.

En revanche, la Cour de justice de l’Union européenne juge de longue date qu’une panne technique ordinaire n’en relève pas. Un problème mécanique fait en effet partie des aléas habituels de l’exploitation aérienne, même lorsqu’il survient de façon imprévue. Une exception existe toutefois depuis deux arrêts rendus le 13 juin 2024. Un défaut de conception caché, propre à un modèle d’appareil récemment mis en service, peut désormais constituer une circonstance extraordinaire. Cette nuance reste néanmoins d’application stricte. C’est à la compagnie de démontrer que les conditions d’une circonstance extraordinaire sont réunies.

Comment demander une indemnisation, étape par étape

Rassemblez d’abord tous les documents utiles à votre dossier. Conservez notamment le billet électronique et la confirmation de réservation. La carte d’embarquement compte également, tout comme une attestation de retard si le transporteur en délivre une.

Adressez ensuite une réclamation écrite au transporteur aérien effectif, c’est-à-dire à la compagnie qui a réellement exploité le vol retardé. Cette démarche peut se faire par lettre recommandée avec accusé de réception. Une réclamation directement en ligne, sur le site de la compagnie, fonctionne aussi. L’Institut national de la consommation propose d’ailleurs un modèle de lettre pour ce type de réclamation.

Patientez ensuite jusqu’à deux mois : c’est le délai habituellement accordé à la compagnie pour répondre. Sans réponse, ou face à un refus que vous jugez infondé, plusieurs voies de recours s’offrent alors à vous.

Vous pouvez d’abord saisir le Médiateur Tourisme et Voyage, à condition que votre compagnie adhère à cette médiation. Vérifiez ce point avant toute saisine, sur le site de l’organisme.

Vous pouvez également signaler votre litige à la DGAC. Cette démarche n’aboutit toutefois pas à un versement individuel. Elle contribue plutôt à la surveillance générale du secteur. Des sanctions administratives peuvent d’ailleurs en découler, en cas de manquement avéré d’une compagnie.

Vous pouvez enfin saisir le tribunal compétent. Le délai de prescription est en principe de cinq ans, ce qui laisse une marge confortable pour agir.

Ce qui change au 7 février 2026

Depuis cette date, un décret du 5 août 2025 modifie la procédure applicable en cas de litige devant le tribunal. Les actions judiciaires liées à un refus d’embarquement, une annulation ou un retard important doivent désormais, en principe, être précédées d’une tentative de médiation auprès d’un médiateur de la consommation compétent, comme le Médiateur Tourisme et Voyage lorsque le transporteur y adhère. Cette obligation connaît toutefois des exceptions : elle ne s’applique pas si une réclamation avait déjà été adressée au transporteur avant la publication du décret, ni lorsque le fait générateur de l’indemnisation est antérieur d’au moins quatre ans à l’entrée en vigueur du texte. Par ailleurs, la saisine du tribunal se fait désormais uniquement par voie d’assignation. Lorsque plusieurs passagers d’un même vol sont concernés, ils peuvent, sous certaines conditions, être regroupés dans une même assignation : le décret vise notamment les membres d’une même famille jusqu’au quatrième degré, ainsi que les conjoints, partenaires liés par un PACS et les concubins.

Une indemnisation complémentaire reste-t-elle possible ?

L’indemnité forfaitaire n’empêche pas de demander réparation d’un préjudice individuel distinct, dès lors que ce préjudice est réel, prouvé et directement lié au retard : des frais supplémentaires, une perte de salaire ou une réservation d’hôtel devenue inutilisable, par exemple. Cette demande peut d’abord être adressée directement à la compagnie, dans la réclamation initiale ; le tribunal n’intervient qu’en cas de refus ou de désaccord persistant. Le montant de l’indemnité forfaitaire peut, le cas échéant, se déduire de cette indemnisation complémentaire.

Un dernier conseil avant de partir

Gardez toujours une trace écrite de vos échanges avec la compagnie aérienne. Cette précaution simple facilite en effet toutes les démarches ultérieures. Elle sécurise aussi votre dossier, que vous vous adressiez à un médiateur, à la DGAC ou à un tribunal. Le bon réflexe reste donc d’agir vite, et de documenter chaque étape.